Peste et épidémies, gérer la maladie au XVIIème siècle à Lunel

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Mercredi 10 mars 2021 12:00 - Lundi 31 mai 2021 18:00
Archives communales de Lunel

En Europe lors de l'épidémie de 1348, la peste fit des ravages, éliminant de 30 à 50 % de la population européenne en trois ans. Depuis cette date, les épidémies de peste, vécues comme de véritables châtiments divins, se sont succédé, plus ou moins graves, répandant morts et terreur derrière elles.

Lunel elle-même ne fut pas épargnée. La ville fut touchée dès l'épidémie de 1348, et la maladie revint par vagues jusqu'au XVIIIe siècle.

 

"Peste et épidémies, gérer la maladie au XVIIème siècle : un registre de délibérations du conseil de santé de Lunel1"

 

 

 

« Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),

Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. »

Jean de La Fontaine, Les Animaux malades de la peste, 1678.

 

 

Jean de La Fontaine retrace bien la terreur induite par la peste, terrible maladie de cette époque.

En effet, lors de son retour en Europe avec l'épidémie de 1348, la peste fit des ravages, éliminant de 30 à 50 % de la population européenne en trois ans. Depuis cette date, les épidémies de peste, vécues comme de véritables châtiments divins, se sont succédé, plus ou moins graves, répandant morts et terreur derrière elles. Les moyens de lutte sont alors très limités. Ajoutons qu'à cette époque, les actions contre une éventuelle maladie sont décidées et mises en place essentiellement de manière municipale et il n'existe qu’extrêmement peu d'actions générales et coordonnées.

Lunel elle-même ne fut pas épargnée. La ville fut touchée dès l'épidémie de 1348, et la maladie revint par vagues jusqu'au XVIIIe siècle.

Nous avons ici un formidable témoignage de ces période difficiles : un registre de conseil de santé de Lunel d'environ quatre-vingt-dix feuillets. Témoignage rare pour une communauté de taille relativement modeste (entre quatre cents et quatre cent cinquante maisons en 16272), il évoque les mesures prises par la ville lors de trois épidémies de pestes successives, la première en 1638, la deuxième et plus longue en 1640, et la dernière en 1643.

 

L'alerte de 1638

Ainsi, le 24 juillet 1638, date de début du registre, arrive un avis des consuls de Nîmes rapportant à ceux de Lunel la présence de la peste à Lyon et dans le Dauphiné. Ces derniers, dirigeants élus de la ville, décident de la formation d'un conseil de santé afin d'assurer la mise en place ferme et rapide de mesures de précaution contre une éventuelle épidémie.

Dans la suite du registre, nous retrouvons la quasi totalité des dispositions habituelles de luttes contre la maladie à l'époque.

La ville, en cas d'alerte extérieure, commence par s'enfermer : les portes sont closes dans leur grande majorité, une garde est mise en place à celles encore ouvertes, les palissades et les fossés de la ville sont vérifiés, et la quasi totalité des passages traversant ces derniers sont rompus ; enfin, un fossé est creusé devant les portes maintenues fermées. Le conseil se méfie alors des étrangers qui peuvent amener la maladie, le principe de contagion de la peste commençant a être connu. À ces mesures s'ajoute également l'utilisation du billet ou certificat de santé, qui permet aux autorités de la ville de départ de certifier que le voyageur est parti d'un lieu non-infecté. Ce document est vérifié à l'entrée de la ville et devient indispensable pour y pénétrer.

Quelques mesures élémentaires d'hygiène s'additionnent à cette fermeture de la communauté. Le nettoyage des rues de leur fumier et l'organisation de l'évacuation des déchets en sont les dispositions principales. Ces dernières, en adéquation avec la théorie des miasmes, permettent d'évacuer les « mauvais airs », que l'on croit alors porteurs de maladies.

Lunel espère ainsi échapper à la contagion et cela sera le cas pour la première alerte de ce registre. En effet, les délibérations relatives à cette alarme ne s'étalent que jusqu'au mois d'août 1638 et ne semblent pas indiquer une quelconque entrée de la maladie dans la cité.

En 1640, Lunel n'aura pas la même chance.

 

 

L'épidémie de 1640

Cette deuxième peste, ramenée semble-t-il par des militaires français partis en campagne en Espagne, cause un émoi important au sein de la communauté lunelloise. Malgré de nombreuses précautions, cette épidémie réussit à se propager dans la ville.

Début avril 1640, la maladie se rapprochant dangereusement de Lunel, la ville s'enferme de nouveau, et un conseil de santé est remis en place par l'assemblée générale des habitants. Ce dernier, rapidement renforcé par de nouveaux membres, doit dès les premiers jours de son existence renforcer les mesures de confinement de la ville. Une seule porte reste ouverte et la garde est augmentée. Ajoutons que l'entrée de la ville est peu à peu interdite aux habitants de certains villes et villages environnants, touchés par la maladie ou ayant accueillis des malades : Saint-Sériès ou certaines localités du Vaunage sont évoqués.

A la même période, le conseil de santé de Lunel nomme un Capitaine de santé, véritable coordinateur des mesures de santé mises en place au sein de la communauté. Sorte de fonctionnaire municipal doté de nombreux pouvoirs, il s'intéresse à l'hygiène de la ville, s'assure de la réalité de certains foyers épidémiques, et coordonne la garde chargée de la vérification des billets de santé. Il est également chargé de la surveillance des marchandises arrivant dans la ville, afin de saisir et faire détruire tout colis suspect, arrivant la plupart du temps d'une zone contaminée.

Comme nous l'avons vu plus haut, toutes ces dispositions n'empêcheront pas à la peste de s'introduire dans la communauté lunelloise, obligeant les autorités à assurer l'encadrement des personnes atteintes plus ou moins gravement.

Les mesures prises sont graduelles. Tels les frères Pierre et Jean Brun, qui, suite à la maladie du premier, sont tenus de rester chez eux, sous peine d'expulsion de la ville, les premières personnes atteintes sont mises en quarantaine à domicile. Cependant, l'augmentation du nombre de cas contraint rapidement le conseil à durcir le ton. Dès la fin mai 1640, un jardinier imprudent, membre de la communauté et habitant de la ville, que l'on peut ici presque qualifier de « cas contact », est littéralement interdit d'entrée à Lunel pour quelques jours, le temps de vérifier qu'il n'est pas malade. Enfin, à la début août, les malades commencent à être considérés comme trop nombreux au sein de la cité, la contagion risquant de se faire malgré les quarantaines. Ils sont conduits, avec leur famille, hors de la ville, vraisemblablement dans les environs de Dassargues. Mais ces expulsés ne sont pas laissés sans ressources et une garde et des remèdes (malheureusement peu voir pas efficace à l'époque) leurs sont fournis.

L'épidémie de 1640 court au moins jusqu'en décembre de cette même année, date de la dernière délibération concernant cette alerte, et ne fait que relativement peu de dégâts. L'absence de sources nous empêche d'en faire le bilan exact, mais le peu de retentissement de cette contagion au sein des Archives municipales nous laisse à penser qu'elle n'est pas la plus grave des pestes ayant touché Lunel.

 

Une cité restant en alerte

Enfin, malgré un apaisement de la situation au sein de la cité, le conseil de santé se tient en alerte, pour Lunel, mais aussi pour les villes aux alentours, qu'il faut, comme l'a fait Nîmes en 1638, prévenir en cas de contamination. Ainsi, lorsqu'en août 1643 un étranger meurt de manière suspecte aux portes de Lunel, quelques dispositions préventives sont mises en place. Une délégation, constituée d'un médecin et d'un chirurgien, est également envoyée examiner le corps afin de déterminer la cause exacte de la mort. On ne peut qu'imaginer à quel point la ville retient son souffle, en attendant le rapport de ces deux hommes.

Cette vérification est d'autant plus importante, que l'absence d'un renforcement des mesures sanitaires cette année-là semble démontrer qu'il ne s'agissait effectivement pas de la peste. La communauté lunelloise respire et évite une nouvelle contagion.

Cette délibération met un point final à l'alerte de 1643, qui termine ce registre. Malheureusement pour la ville, ce ne sera pas la dernière fois qu'elle se confrontera à cette maladie si meurtrière : la peste noire.

 

 

1.[Cahier du consel de direction pour la santé." Délibérations du Conseil de santé.- Précautions contre la peste ; - portes de ville, fossé des remparts, fumiers, billets de santé ; - la Vaunage, Saint-Sériès, Sommières, Assargues, etc.]. (1638-1643), FF72, Archives municipales de Lunel ; Lunel, France.

2.[Actes émanant des syndics, consuls, clavaires et autres officiers municipaux]. (1405-1671), n°1837, BB33, Archives municipales de Lunel ; Lunel, France.