C'est archivé : Lunel et ses foires !

-A A +A

Voici bien des marchands, la foire sera bonne. (Thomas CORNEILLE, l'Amour à la mode, V, 8)

Ville ancienne, Lunel a disposé très tôt de foires. Ces manifestations ont contribué à son essor.

Les foires médiévales - ancêtres de nos foires actuelles – étaient des rassemblements de marchands et de changeurs nationaux et étrangers, qui pouvaient parfois durer plusieurs semaines.

Attiré par des conditions avantageuses (taxations et zones franches), les commerçants, principaux acteurs de ces évènements, écoulaient leurs marchandises directement aux consommateurs1. Généralement extérieurs à la localité où ils se rassemblaient, ces commerçants amenaient généralement des marchandises plus rares que celles des marchands locaux et surtout non produites sur place.

 

Lunel, ville de foires

La plus ancienne occurrence concernant une foire lunelloise se trouve ainsi sur un document partiellement conservé datant de 1307. Bien qu’écrite en français, cette archive, très abîmée, ne donne malheureusement que peu d’informations. S’agit-il d’une foire temporaire ? Ou d’une foire permanente ?

 

Acte concernant les foires

Acte concernant les foires - détail

 

 

Ce n’est qu’environ soixante-dix ans plus tard que Charles V, roi de France, établit des foires à Lunel de manière certaine. Il autorisa ainsi par lettre patente deux foires : l’une à Notre Dame de février, l’autre à Notre Dame d’août, soit à la fin de ces deux mois. Ces lettres, véritables textes législatifs, exprimaient la volonté royale de manière ouverte. L’original était signé par le roi, contresigné par le secrétaire d’État concerné, scellé du grand sceau et conservé dans son lieu d’enregistrement, ici la chancellerie royale2 puis les Archives Nationales.

Néanmoins, la date d’établissement des foires n’est pas certaine. Le document original, une copie de la lettre patente, écrite en latin, évoque le 5 août 1364. Deux autres archives font référence à cette lettre : une publication sur ordre de la Cour de Sommières parle du 5 août 1368 et un « vidimus » (une attestation) faisant suite à une plainte de Carcassonne, du 15 août 1378, même si cette dernière date semble erronée, l’archive en question datant du 02 juillet 1378.

 

1364 ou 1368 ou 1377 - Lettres patentes de Charles, roi de France portant création de deux foires à Lunel - détail de la date 1364 ou 1368 ou 1377 - Lettres patentes de Charles, roi de France portant création de deux foires à Lunel

 

 

Suite à leur autorisation, ces foires sont mises en place petit à petit.

Sur le plan légal, les villes importantes aux alentours, telles Beaucaire, Nîmes, Montpellier, Sommières et leurs Cours, sont prévenues dès 1377 de la décision royale, dont des copies sont publiées, et des lettres de confirmation, signées du duc d’Anjou, frère du roi, et gouverneur de la Provence du Languedoc, sont mêmes accordées à Lunel. 

 

1377 – Publication des foires lunelloises à Sommière

1377 – Publication des foires lunelloises à Sommière

 

Suite à cette publicité, une opposition à la mise en place de ces foires surgit dès 1378. En effet, Carcassonne, ville située à l’est de Lunel, dispose depuis 1314 de foires prévues aux mêmes dates que celles accordées à Lunel3. Après enquête, il est décidé d’une modification des dates des foires lunelloises, qui se tiendront dorénavant le dimanche de Quasimodo (premier dimanche après Pâques) et le jour de la « Magdeleine » (22 juillet, jour de la Sainte-Madeleine).

Sur le plan pratique, Lunel commence par monter des députations afin d’aller prévenir les marchands étrangers de la tenue de foires dans la ville. Ce sera le cas à chaque changement de date de ces dernières.

 

1377 – Députation de plusieurs habitants de Lunel pour aller annoncer les foires aux marchands étrangers – document 1

1377 – Députation de plusieurs habitants de Lunel pour aller annoncer les foires aux marchands étrangers – document 2

1377 – Députation de plusieurs habitants de Lunel pour aller annoncer les foires aux marchands étrangers – document 3

 

Les pratiques lors de ces événements sont ensuite encadrées : deux habitants sont présentés au viguier4 de la ville « pour recevoir et accueillir les marchands qui doivent venir à la foire de Lunel, et pour taxer les vivres pendant la dite foire, afin qu’ils ne renchérissent pas, pour ne pas rebuter les marchands d’y venir. »

Au delà de ce dernier point, les foires peuvent rapporter énormément d’argent à la ville hôte, que ce soit grâce au trafic commercial engendré ou grâce à la mise en place de certaines taxes.

Lunel en profite en 1386, lorsque le duc de Berry, qui a pris la suite de son frère, le duc d’Anjou, à la tête du Languedoc5, accorde à la ville pendant dix ans, via des lettres patentes, la levée de six deniers par livre de toutes les marchandises qui s’échangeront à Lunel les jours de foire et de marché. Cet argent devait pallier les frais de la guerre et les réparations de la ville.

Ces foires gagnent rapidement de l’importance, comme le montre les lettres patentes du Roi Henri III, datées de 1584, données à Paris et portant concession de deux foires à Lunel, l’une le 3 février et l’autre le 2 novembre, en plus des foires déjà existantes.

 

1584 – Lettres patentes du Roi Henri III données à Paris portant concession de deux foires à Lunel, l’une le 3 Février et l’autre le 2 novembre

1584 – Lettres patentes du Roi Henri III données à Paris portant concession de deux foires à Lunel, l’une le 3 Février et l’autre le 2 novembre – sceaux liés

 

 

Malgré un certain nombre de changement de dates et d’organisation, l’importance accordée aux foires est parvenue jusqu’à nous. L’actuelle foire de la Pentecôte en est un héritage.

 

 


 

« foires médiévales ». In Universalis Junior [en ligne]. Encyclopædia Universalis, consulté le 30 mai 2022.
Disponible sur http://junior.universalis.fr/encyclopedie/foires-medievales/

http://elec.enc.sorbonne.fr/cid/cid1991/art_01#cid1991_div3 , consulté le 30/05/2022

Claude Marquié, « Carcassonne. Les dimanches dans l'Histoire : Foires de jadis et de naguère (XIIe-XVIe s.) », in La Dépêche du 17/01/2021, https://www.ladepeche.fr/2021/01/17/foires-de-jadis-et-de-naguere-xiie-x..., consulté le 30/05/2022.

« Juge qui, à l'instar des prévôts royaux dans les autres provinces de France, rendait la justice dans le Midi (Languedoc, Roussillon) au nom des comtes, puis du roi. », cnrtl, VIGUIER : Définition de VIGUIER (cnrtl.fr), consulté le 31/05/2022

Françoise Autrand, Jean de Berry : L'art et le pouvoir, Paris, Fayard, 2000, p. 6.