C'est archivé ! Le roi passe !

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Samedi 27 novembre 2021 12:15
Archives communales de Lunel

Ces délibérations préparent le passage du roi Louis XIV au sein de Lunel. Ces textes sont issus des débats et décisions du conseil de ville de Lunel, assemblée dirigeante de la ville. Ce conseil, nommé à cette époque par et parmi les notables lunellois, dirige les affaires de Lunel en collaboration avec les consuls de la ville, l’organe exécutif de la municipalité.

 

 

Le roi passe

 

Nous sommes en présence de trois délibérations communales datées de tout début janvier 1660.

Ces textes sont issus des débats et décisions du conseil de ville de Lunel, assemblée dirigeante de la ville. Ce conseil, nommé à cette époque par et parmi les notables lunellois, dirige les affaires de Lunel en collaboration avec les consuls de la ville, l’organe exécutif de la municipalité.

Ces délibérations préparent le passage du roi Louis XIV au sein de Lunel.

 

 

Âgé de 21 ans, en attendant le règlement des formalités pour son futur mariage, le roi visite les Provinces du Midi, suite à la signature du traité des Pyrénées. Il est accompagné de la Reine mère, du duc d’Anjou, son frère, de Mme de Montpensier, sa cousine germaine, et du Cardinal de Mazarin.

Le traité des Pyrénées, signé le 7 novembre 1659, est synonyme de paix avec l’Espagne. Il clôt la guerre commencée en 1635 avec les Habsourg d’Espagne dans le cadre de la Guerre de Trente ans. Négocié par le cardinal de Mazarin, il s’accompagne d’un certain nombre de clauses territoriales redéfinissant la frontière et unit les deux pays à travers le mariage du roi de France, Louis, avec l’infante d’Espagne, Marie-Thérèse. Cet évènement n’a alors pas encore eu lieu et se tiendra en juin 1660 à la frontière espagnole.

Venant de Toulouse, Louis allait en direction d’Aix, où il arrive le 18 janvier et de Marseille, alors insoumise et révoltée. Il y entre le 2 mars 1660, suite à la prise de la ville par le duc de Mercoeur, gouverneur de la Provence. Il pousse ensuite son voyage jusqu’au dessus d’Orange avant de faire demi-tour pour revenir à la frontière franco-espagnole.

Le roi s’arrête donc à Lunel.

Comme indiqué plus haut, il est accompagné de sa famille, de la cour et bien sûr d’un service de sécurité. Cela représente près de 10 000 personnes. Un tel déplacement nécessite donc une organisation importante, et bien des villes et villages ne peuvent pas toujours accueillir l’ensemble de cette suite en une seule fois, le plus souvent du fait de contraintes matérielles. Lunel a l’honneur de recevoir le roi en personne ainsi qu’une partie de sa cour, selon des modalités détaillées dans les délibérations communales suivantes.

La première, datée du 28 décembre 1659, indique le passage de cinq compagnies d’armes (soit environ 250 hommes) : quatre de Gardes-Françaises et une de Suisses. Une compagnie de Gardes-françaises et la moitié de celle de Gardes-suisses restent à Lunel, dans l’attente du roi, les autres continuent leur chemin après une nuit passée sur place.

 

La deuxième, datée du 31 décembre 1659, porte sur l’organisation de l’accueil du roi, qui doit arriver environ une semaine plus tard.

 

  

 

 

MR G Malechane, premier consul de la ville, indique « qu'il sera besoin de faire de grandes dépenses pour son entrée et celle des autres seigneurs de la cour, sur quoi requier de délibérer. »

Le second consul, Mr Gautier, est envoyé à Montpellier afin de connaître les préparatifs de cette ville, mais aussi pour faire fabriquer les armoiries de la ville. Ce consul dépose également une demande de prise en charge par le syndic1 du diocèse de Montpellier d’une partie de la visite royale, et notamment le logement des gens de guerre. Il espère ainsi alléger les charges qui pèsent sur Lunel.

Enfin, il faut pourvoir au séjour du souverain et de sa cour. Ces derniers doivent rester une nuit dans la ville. Un dais est prévu pour l’entrée du roi dans Lunel et d’autres dépenses sont débattues en vue du logement et du séjour de Louis et de sa cour. Un emprunt de près de 400 livres est contracté par la ville à cette occasion. Cette somme est importante pour l’époque. Ainsi, avec cet argent, Lunel aurait pu, par exemple, embaucher une vingtaine d’ouvriers durant un mois pour divers travaux. Enfin, afin d’aider les consuls lors de cette visite, on leur fournit un valet chacun et six lunellois sont désignés pour les assister.

La troisième et dernière délibération rend quant à elle compte d’une demande de Louis XIV lui-même, par le biais de son capitaine général des « Guides de sa majesté », concernant la réparation des routes pour le passage du cortège royal, très imposant.

 

 

Le roi, pour ce voyage important, démarré pour les négociations et la signature du traité des Pyrénées, reste sur les routes jusqu’après juin 1660. Il est accompagné d’une large suite, bien décrite lors d’une étape en février dans le Var à Solliès-Toucas : « Ce jour-là, c’est en un cortège de plusieurs milliers de personnes qui traverse le village, celui du jeune roi Louis XIV (21 ans), qui débarque avec son gigantesque carrosse royal, une cinquantaine d’hippomobiles, autant de chariots, plus de 100 mulets et près de 500 gardes à cheval. »2. Un tel cortège nécessite, pour avancer à un rythme correct et en toute sécurité, des routes larges et en bon état. Il s’agit d’un détail qui a toute son importance lorsque l’on voit qu’à Solliès-Toucas, cité juste au-dessus, le roi est coincé près de quatre heures par des rues trop étroites : le carrosse royal doit ainsi être partiellement démonté pour traverser le village.

Ordre est donc donné de remettre la route en direction de Nîmes en état afin que « sa Majesté puisse passer commodément et sans aucune risque de sa personne ». Une trentaine de travailleurs sont embauchés au frais de la communauté lunelloise et les villages alentours prévenus, afin d’aider à la tâche.

La visite royale a lieu les 7 et 8 janvier 1660. La ville n’en garde malheureusement aucune autre trace. Les délibérations du conseil de ville cessent au 4 janvier pour ne reprendre que quinze jours plus tard, le 19.

L’activité a dû néanmoins être intense durant ce laps de temps entre les préparatifs afin d’assurer un bon accueil au souverain et la joie de voir ce jeune roi, découvrant le royaume et leur offrant la paix avec l'Espagne.

 

1Syndic : gestionnaire des biens de la communauté

2https://www.varmatin.com/histoire/on-vous-raconte-le-jour-ou-louis-xiv-a-fait-une-halte-dans-un-village-du-var-649042, consulté le 25/11/2021