Conférence de Jean-Louis Vidal : "Jean-Marie Granier, le trait aérien"

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Samedi 27 janvier 2018 15:00

Conférence : Public adulte ‐ gratuit sur inscription ‐ dans la limite des places disponibles

La production de Jean-Marie Granier s’étend sur plus d’un demi-siècle. Des premiers travaux de 1946 aux ultimes créations de 2007, elle compte près de trois mille gravures au burin et à la pointe sèche, ainsi que plusieurs centaines de dessins. Pour le projet "En vol et en chant", le Centre d'art Jean-Marie Granier et le musée Médard proposent une sélection suggestive d'oeuvres de l'artiste d'origine cévenole.

Le ciel de l’œuvre gravé de Jean-Marie Granier est traversé d’oiseaux. La place privilégiée qui leur est accordée participe de l’émerveillement du graveur face à la beauté du monde, autant qu’elle témoigne de sa quête d’un ordre poétique à la fois allié au réel et séparé de lui. « J’ai un tel amour du monde, écrit-il, que je voudrais le posséder et qu’il devienne dessin ». Mais plus qu’objets d’une fidélité du regard, mésanges, bécasses ou buses, oiseaux morts, en vol ou envolés, sont ici les motifs dont le dessin entend faire les éléments d’un langage nouveau.

Les travaux d’observation signalent donc moins la volonté d’une connaissance du réel que la recherche d’un secret perdu, le désir d’extraire de la complexité des formes et des lumières les signes furtifs d’un mystère, signes que le graveur perçoit comme autant d’accès à une vérité poétique du monde. C’est là accueillir, dit Philippe Jaccottet, « toutes choses visibles comme des cris ou des soupirs de l’invisible ».

Les moyens propres à la gravure, le choix du noir et du blanc comme l’importance donnée au vide induisent un travail d’allègement du visible, ouvrant à une poétique du signe et à l’essor de l’imaginaire. Peu à peu réduites à des traces fragmentaires, les images du monde rencontrent les signes d’une écriture graphique inédite, progressivement libérée de l’image, dont l’ambition est de trouver « une voie qui, de l’un à l’autre des objets ne s’arrête pas et crée un grand signe, comme une respiration ». Sans doute est-ce là le secret de la grande beauté et de la justesse poétique constante d’une œuvre de haut vol.

 

Jean-Marie GRANIER
Le trait aérien